Jocelyne Rudasigwa, contrebassiste

Portrait de Jocelyne Rudasigwa, contrebassiste, écrit par Ariane Racine

INTRODUCTION

Le contexte de l’entretien. En 2006, Jocelyne Rudasigwa est une jeune contrebassiste tout juste trentenaire, étoile montante au ciel du jazz d’en Suisse et des musiques du monde. Je l’appelle un peu avant l’été pour un portrait d’elle dans la revue La Salamandre. Je sais par Claude Thébert, le comédien qui rend clairs et vivants les textes de Robert Walser et d’Omar Khayyâm, que la jeune femme a des choses à dire sur le sujet qui me passionne alors : les morceaux de nature bruts que les gens aiment garder chez eux, ces galets, ces plumes, ces os. Elle veut bien accorder un entretien, mais après l’été. Un voyage important l’attend. Elle s’envole vers le pays dont son père lui parle depuis toujours et qu’elle n’a jamais vu : le Ruanda. Quand elle sera de retour en Suisse, promis, elle me recevra chez elle à Lausanne.

Fin de l’été 2006 : Jocelyne Rudasigwa est de retour et nous nous rencontrons. Elle prépare un spectacle poético-musical autour d’Omar Khayyâm avec le joyeux contrebassiste Popol Lavanchy (décédé en été 2011, hélas), un de ses maîtres. Participent également à l’aventure la chanteuse Stéphanie Riondel et le comédien Claude Thébert. Pour Jocelyne Rudasigwa qui rêvait de faire du théâtre avant de saisir à 16 ans sa première contrebasse par le manche, le projet est passionnant. L’interview a lieu chez cette jeune reine de la musique qui me raconte la nature dans cette « Suisse des collines » aux arbres géants qu’est le Ruanda. Son chat-lion veille et impressionne le photographe Marc Vanappelghem. Il en fait un sphinx dans son image de la musicienne jouant devant sa bow-window transformée en île déserte.

Décembre 2006: la revue La Salamandre paraît avec mes dix portraits de mordus de Cadeaux de nature  dont celui de Jocelyne Rudasigwa « qui fait chanter le bois ». A Yverdon, dans la cave d’un château transformée en théâtre, j’assiste au spectacle Omar Khayyâm par le fameux quatuor en forme splendide. Dans l’air, il y a ce poème :

« Le clair de lune vient percer la noirceur de la nuit.
Voici venu le moment de s’abreuver de vin ;
Saisis-le, ce moment de bonheur en méditant que la lune
Ne cessera d’éclairer l’un après l’autre le tombeau de chacun de nous »

Printemps 2012 : Jocelyne Rudasigwa prépare deux créations musicales pour le Festival Archipel de Genève qui a lieu fin mars. Basée à Lausanne, elle joue souvent en Suisse et parfois dans le vaste monde.

La contrebassiste partage sa vie entre les cours qu’elle donne au Conservatoire de Fribourg ou chez elle, à des enfants dont le benjamin a 3 ans, et ses expériences d’artiste. Elle est un des piliers, et pas seulement rythmique, de plusieurs ensembles dont Boulouris et Vortex. Elle n’a toujours pas quarante ans. Ses racines plongent toujours plus loin dans les musiques du monde.

Voici l’article paru en décembre 2006 dans La Salamandre sous le titre Celle qui fait chanter le bois :

celle qui fait