Mangel (V)

Cinquième étape: Le château de la bête chez Alberto Mangel. 

«Un miroir qui reflète n’importe quel endroit du monde »

Parmi les ouvrages-clés, le Dictionnaire des lieux imaginaires d’Alberto Mangel ouvre les portes de mille et une coulisses qui partent dans les décors. A la page 80, entrez dans le château de la Bête :

« BÊTE, château de la

Au fond des forêts françaises, vieil édifice aux innombrables recoins, rempli d’escaliers dérobés et de cours poussiéreuses. Des statues vivantes d’hommes et de chiens de meute ornent de vastes terrasse et d’inexpugnables portes forment des arches dans les murs massifs. Il fut un temps où tout voyageur qui arrivait au château était, par d’invisibles mains, mené dans un sombre corridor, éclairé de loin en loin par des candélabres tenus par des bras humains qui jaillissaient des murs. Dans une salle, un somptueux repas était dressé sur une table veillée par deux bustes vivants.

La Bête, seigneur des lieux, apparaissait alors et demandait au voyageur réparation pour quelque vétille : la cueillette d’une rose blanche, par exemple. L’intrus devait payer ce délit de sa vie, si une jeune fille ne s’offrait à prendre sa place. Ce fut la fille d’un de ces voyageurs imprudents qui rendit à la Bête sa forme première en versant des larmes sur son agonie et en la suppliant de vivre encore. Le chagrin de la jeune fille brisa le sortilège et le prince réapparut sous la dépouille de la Bête.

On peut encore voir, dans l’une des innombrables chambres du château, un miroir qui reflète n’importe quel endroit du monde. »

MANGEL ET GUADALUPI, Dictionnaire des lieux imaginaires, Actes Sud (Babel 2001)