Le métier de conteuse

LE METIER DE CONTEUSE : QUESTIONS ET REPONSES par Ariane Racine

Question : quand vous parlez du métier de conteuse, franchement, c’est du sérieux ?

Réponse : « C’est un métier très ancien, conteuse. Pour répondre sérieusement à la question posée, c’est peut-être le plus vieux métier du monde. Mais comme les conteurs savent que les premiers seront les derniers et que le monde cessera d’être vivable quand ils se tairont, ils vont de l’avant. Conteuse, c’est aussi un métier d’avenir qui répond à ce désir d’entendre et de partager des histoires qui reste en nous pour la vie. Bref, c’est un métier sériel et sérieux, qui se pratique ici et maintenant, voire sous forme de sermon dans le désert.»

Q: Soyez plus simple dans vos réponses. Pourquoi conter en 2011?

R: « Parce que je fais le pari fou de participer à l’enchantement du monde. Les contes, les légendes, les blagues sont des trésors à partager. En prenant la parole, je rêve de rendre les mots vivants comme vous et moi. Réveiller ce qui dort, bercer ce qui ne peut dormir. Je suis prête à saisir la chance de rencontrer des personnes et des publics. Conter, c’est sortir de chez moi, c’est tisser des liens, c’est allumer le feu pour faire danser les images. »

Pour quel public? Existe-t-il un public idéal ?

« La première conterie que je fis dans ma vie, c’était pour des enfants et leurs parents, mes voisins, à la fête de mon quartier. C’est ce qui arrive à beaucoup de conteurs et conteuses : d’abord dans le voisinage, puis sur appel ! Un public qui réunit des personnes libres et d’âges différents, c’est ce que je préfère. Mais conter pour des écoliers dans une salle de collège, pour les anciens d’un village ou dans une prison à Noël me plaît aussi.

Peut-être que le public idéal serait… des voyageurs qui attendent le dernier train sur un quai de gare, un soir. Ce train est très en retard, il arrivera à l’aube, du moins c’est ce qui est annoncé. Alors, au milieu des bagages, réunis par les aléas du rail, on s’installe pour la nuit. Il y a du feu, des couvertures. Des vivres circulent. Quelqu’un chante, quelqu’un joue. Une voix s’élève et demande : «  Et maintenant, qui raconte une histoire pour la bonne nuit?  » Je plaisante avec mon histoire de gare : le public auquel je rêve est celui qui sera là au prochain rendez-vous ! ».

Qu’est-ce qu’un conte ?

« C’est l’histoire de. Il était une fois. Un conte vient souvent de loin. Il vole comme un oiseau et vient se poser sur mon épaule pour que je le raconte une fois encore, à ma manière, le mieux possible. Avant moi, d’autres l’ont raconté. Après moi, il continuera sa route. C’est en cela que le conte est traditionnel.

Un conte, c’est une histoire que je retiens parce qu’elle me parle et que je désire la raconter à mon tour. En ce moment, ce sont pour moi “Le Jeune homme qui avait fait un rêve“, “Les chants et les fêtes“, “La clé en or“, “La cloche à vent“, “L’escargot et la guêpe“, “La naissance du violon“, “Cendrillon“»

Les légendes ?

« Les légendes sont à la base des faits écrits quelque part, des faits rendus lisibles dans des chroniques parfois très anciennes. Le mot “légende“ vient du latin “legenda » et signifie “digne d’être lu et relu“. Ce sont des histoires qui expliquent un nom de lieu, le choix d’un symbole, un usage. Les nouveaux venus aiment entendre les légendes de leur pays d’accueil, de leur nouvelle ville, pour s’y sentir à l’aise.»

Les nouvelles ?

« Les contes restent anonymes, au départ ce sont des textes oraux, alors que les nouvelles sont écrites et signées par quelqu’un. Souvent, la nouvelle a une forme courte. Cette caractéristique lui vaut le nom de Kurzgeschichte en allemand et de shortstory en anglais. Pour moi, une nouvelle peut se prêter à être contée. D’ailleurs de nombreuses nouvelles viennent du monde des contes. J’ai un projet auquel je tiens beaucoup : un tour de contes inspirés par le Décameron de Boccace et des nouvelles de Saki ».

Dernière question : une conteuse a-t-elle le droit de raconter des blagues ?

« Dans le mot plaisanterie, il y a plaisir. La blague est une plaisanterie, une petite enveloppe plaisante, qui permet parfois d’emballer de grandes choses. La blague nous fait rire, sourire, voire nous laisse songeurs. Nous connaissons tous de sublimes paroles et des idioties profondes attribuées à un fou légendaire, à une sage rusée ou à une enfant de 4 ans. Oui, dans un sens comme dans l’autre bien au contraire, les blagues font partie de l’art de conter. Comme les mythes.»

Qu’avez-vous à dire des mythes ?

« Au commencement était… »

Ariane Racine, dialogue intérieur, juillet 2011.