Serge Tisseron, psychiatre

Portrait de Serge Tisseron, psychiatre, écrit par Ariane Racine

INTRODUCTION

Le contexte de l’entretien: de Serge Tisseron, je connaissais des bandes dessinées, certains de ses livres ou articles sur la honte et les traumatismes, des interventions dans la presse ou en conférence sur la création des images et des concepts. Je me souviens que, alors que tout le monde se gargarisait du mot “résilience“, le psychiatre français avait, en 2003 déjà, mis en lumière les idéologies qui se cachent derrière ce concept séduisant, en libre penseur. Je l’avais aussi entendu parler à la radio de nos relations aux objets et à nous-mêmes avec une voix qui m’avait plu par son accent d’authenticité et son désir d’aller vers les gens.

A l’occasion de mon travail pour la revue La Salamandre (2006, série Cadeaux de Nature), j’ai demandé à Serge Tisseron s’il avait envie de parler avec moi des objets naturels que nous ramenons chez nous de nos promenades, de nos vacances, de notre enfance. Le projet lui a plu, car cet homme curieux et sensuel fait partie des personnes qui aiment garder sous la main des bois flottés, des coquillages, des pierres.

Serge Tisseron m’a accueillie chez lui avec une simplicité bienveillante. Son attention aiguë aux mots, aux gestes, aux intonations était contagieuse. Lors d’une seconde visite, il s’est prêté à l’exercice de la photo, acceptant l’idée du photographe Marc Vanappelghem de marcher à pas rapides sur le parquet de son séjour pour une image en mouvement. Il a tenu à défiler avec les manchettes de sa nouvelle chemise Paul Smith déboutonnées et flottantes, histoire de donner à voir leurs revers fantaisie. Et de passer et repasser devant l’objectif avec la patience d’un passionné de l’instant photographique. Serge Tisseron n’est pas seulement un théoricien et historien de nos mises en image, mais aussi un photographe amateur éclairé.

Enfin, sa maison proche du Faubourg Saint-Antoine, je l’ignorais encore, se trouve tout près de l’atelier d’Henri Gougaud, de l’atelier de Luis Ansa et de la Voix des contes de Jean-Pascal Debailleul. Bref, à un carrefour des conteurs. Ce serait vers le premier que mes pas allaient me guider deux ans plus tard.

Ariane Racine, avril 2012.