Conte de l’arrêt de bus

J’ai posté ce matin cette photo et ce texte sur Facebook. Il paraît que c’est un conte du bitume matinal et des personnes ont aimé le lire. Je le dépose ici. Cela commence comme ça ⇒ En bas de chez moi, il y a… et en cliquant sur la photo (mais si!) on découvre  tout le texte… ⇒

En bas de chez moi, il y a une station de bus entre la tour dite des Infirmières et l’immeuble protégé-pour-le-Quatrième-Âge. Sur le sol devant l’abribus, un nouveau tag, né la nuit dernière :

DOUCEUR DE MES NUITS

Ce matin, pour ces quelques mots au sol, le silence habituel devient conversation. Une femme âgée qui attend le 109 :

– Pour une fois, c’est pas des injures. Sans fautes d’orthographe en plus.

– C’est joli, c’est joli, lui répond une dame voilée assise sur le banc.

Le bus 109 alias “Le Sang Neuf“ est en vue. Une quinquagénaire :

– C’est pour nous toutes, ce message ! Et même pour vous! ajoute-t-elle à l’intention d’un morne étudiant.

Une doyenne à canne, l’oeil espiègle, lance :

– Oh ! Moi, Madame, la nuit, je dors !

De la musique et du plastique plein les oreilles, le jeune homme semble ailleurs.

Le 109 arrive, s’arrête: des gens sortent, d’autres entrent. Avant de sauter, bon dernier, sur la marche, l’étudiant jette un oeil aux lettres et aux deux coeurs sur le sol. Ses lèvres dessinent un sourire énigmatique. Satisfaction ?

Mon quartier est parfois poétique.

Ariane Racine, Conte de l’arrêt de bus, juin 2016